Camping printannier

Publié le par Pense-bête(s)

 

camping-printannier.jpgCette année, le printemps est arrivé plus tôt que d’habitude. Le 11 mars, au Japon, les fleurs étaient déjà tombées des cerisiers. En janvier, les oranges d’Egypte et de Tunisie étaient déjà si mûres que les cueilleurs de jasmin ont été réquisitionnés pour les faire tomber de leur branche. Après des décennies de maturation, quelques vieilles pourritures se cachent bien encore dans les hauteurs des ramifications, mais elles finiront bien par céder, un jour ou l’autre.

La trêve hivernale terminée, les sans-abris de tous horizons ont été forcés de trouver une solution pour abriter leur gênante présence. Ils ont alors repensé au séjour parisien de Mouammar Kadhafi, en 2008, et eurêka ! Ils ont planté leur tente !

Pas dans les jardins de l’Elysée, non, mais sur les bords du canal Saint-Martin, comme les enfants de Don Quichotte, ces pauvres orphelins qui songent encore avec tristesse au départ de leur père pour le front, aux côtés des forces de l’OTAN. Qu’ils se consolent en se disant que l’enjeu en valait bien la peine : quoi de plus beau en effet que de se battre aux côtés de la Communauté Internationale contre les moulins de la dictature, ces hypocrites éoliens même pas renouvelables qui nous refusent leur pétrole ? Comment même songer à sortir du nucléaire, dans ces conditions-là ?

Pourtant, Sancho Panza pourra le confirmer, le soir venu, quand les bombardements cessent et que tout le monde rentre à la base, difficile de trouver une place pour se reposer quelques heures : ils empiètent sur les autres avec leurs tentes, à droite comme à gauche. Avant, c’était plus simple : Nicolas, Claude, Jean-Louis, François, Dominique, Hervé et Rama dormaient tous dans une grande tente. Mais au bout d’un moment, la promiscuité devenant invivable, certains ont décidé de se payer une autre tente, plus petite, où ils se sentent plus à leur aise. Le problème, c’est que la tente de Claude et Nicolas prend encore trop de place malgré le peu d’occupants qu’elle abrite, et cela donne lieu à ces disputes incessantes sur l’utilisation de l’espace. Sans compter les embardées permanentes de la petite nouvelle, une poissonnière qui vient de s’installer dans la tente de son père, que l’on surnomme « le Paquebot ». Il est indéniable que l’on est bien plus confortablement installé au fond d’un bon bunker, ou dans une chambre d’hôtel…

Toujours est-il que dans ce paysage de tentes, chacun est bien forcé de se voiler la face, en dépit de la nouvelle loi l’interdisant. Comment en effet leur reprocher de fermer les yeux sur les massacres des forces pro-Ouattara, sur les rafles politiques du régime chinois ou sur les mascarades électorales biélorusse, birmane ou béninoise ? Leur champ de vision ne dépasse jamais le sommet de la tente voisine.

Vu d’un avion de chasse de l’OTAN, on ne distingue pas grand-chose dans ce paysage uniforme de tentes : il serait facile de commettre une bavure. Mais que voulez-vous : il faut bien faire de la place pour la tente du prochain visiteur de marque, qui viendra peut-être du Bahreïn, du Nigéria ou de Corée du Nord pour goûter à la douceur du sol français. Tout juste pourrait-on faire appel au savoir-faire des forces révolutionnaires de la place Tahrir qui, paraît-il, sont passées maîtresses dans l’art de nettoyer les places publiques. A moins qu’une « bénédiction divine » – i.e. un tsunami (confer les déclarations du gouverneur de la province d’Osaka) – ou un retour à la mode du Kärcher ne règle définitivement le problème.

Le déluge bleu marine : on l’attend avec résignation, au Japon comme en France. A l’aube de cette fin du monde annoncée pour 2012, chacun campe sur ses positions, et ce n’est pas pour déplaire à Décathlon. Et vue la vitesse à laquelle se replient les tentes « 2 secondes », la place publique n’est pas prête d’être évacuée par ces squatteurs du collectif Année Noire.


Le Pandiculateur

Publié dans Politique

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