Le miroir de la transparence : vers une tv-réalité politique ? ♥

Publié le par Pense-bête(s)

Le miroir de la transparenceLe Président se brosse les dents devant son miroir. Il a l’air plus détendu qu’au début. Faut dire que savoir que plusieurs millions de personnes vous regardent le faire, ça doit faire une sacré impression. Mais maintenant, il s’y est habitué. Après tout, c’est lui qui a choisi de se présenter, et personne ne l’a forcé à signer ce pacte de transparence. C’est vrai qu’il n’aurait eu aucune chance d’être élu s’il ne l’avait pas fait. Avec l’avalanche de scandales qui avaient déboulé de toutes parts sur la scène politique ces dernières années, les électeurs en avaient franchement marre de la corruption, du mensonge, des off et de tout le tintamarre qui avait fait le charme hypocrite de la vie républicaine depuis ses débuts.

Un sujet de la Boîte Echangiste proposé par LorolailAlors il a signé. C’était une opportunité en or : face à la pression populaire et à l’engouement suscité par le pacte, tous les ténors de l’establishment ont longuement réfléchi quant à l’attitude à adopter à son égard. Fallait-il le signer ? Dans cette hypothèse, qui serait prêt à se sacrifier ? C’était la première fois dans l’Histoire que l’accession à la fonction suprême risquait d’avoir plus d’inconvénients que d’avantages. Finalement, aucun des partis traditionnels n’a signé. Mais lui a foncé. Cinq ans de sa vie personnelle sacrifiés, certes ; mais, pour la première fois, l’occasion de faire changer les choses au plus haut niveau de l’Etat, de contester la domination des grands partis traditionnels, corrompus jusqu’à la moelle.

Jusqu’à l’annonce des résultats, personne n’arrivait à y croire. La révolution était telle, imaginez-vous ! Le chef de l’Etat, plus haute personnalité politique du pays, filmé vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept pendant quatre ans, incapable de cacher la moindre information à un public en mesure de scruter chacun de ses faits et gestes, à tout instant, sur la nouvelle chaîne Elysée 24. Et que dire des journalistes ? Ils ne seraient certainement pas les derniers pour relever le moindre dérapage, la plus petite maladresse ou la plus insignifiante erreur du Président.

L’enjeu était énorme. Les sondages annonçaient depuis longtemps la victoire du « candidat de la transparence », devançant de plusieurs coudées ses adversaires issus des partis traditionnels qui n’avaient pas signé le pacte. D’autres candidats lui avaient bien entendu emboité le pas, mais il était trop tard : c’est lui qui avait lancé le mouvement, et il était écrit qu’il en récolterait les fruits. A l’annonce des résultats, la première caméra d’Elysée 24 se braqua sur lui, et il déclara à plusieurs dizaines de millions de Français : « Voici venu l’ère de la transparence absolue. Dans quatre ans, vous pourrez juger mon travail en toute connaissance de cause ».

A l’issue des élections législatives qui se tinrent dans la foulée, assuré de l’appui d’une forte majorité de députés du Parti de la Transparence, le Président annonça que les membres du gouvernement qu’il allait constituer se soumettraient tous, sans exception, au régime de la transparence absolue, et que seraient créé pour chaque ministre un canal spécifique dans le bouquet télévisuel Politique 24, accessible gratuitement depuis tous les terminaux vidéos existants. Il eut certes un peu plus de mal que n’en ont à l’accoutumée les Présidents à trouver des volontaires compétents pour prendre en charge chacun des portefeuilles du gouvernement, mais il finit par y parvenir. La machine était lancée.

L’état de grâce fut fabuleux : au cours de chaque réunion, chaque entretien, chaque conseil des ministres retransmis sur Politique 24, le Président faisait montre de son autorité, de sa compétence et de son honnêteté face aux millions de citoyens qui le regardaient, en direct ou lors de l’émission du soir, nouvelle grand-messe télévisuelle ayant supplanté le vieux JT de 20h, préparée avec la caution de l’honnêteté la plus éclatante par les membres du Conseil des Sages institué en début de mandat par la réforme constitutionnelle : hommes de télé, retraités de la politique, intellectuels et citoyens tirés au sort travaillaient ensemble pour garantir au téléspectateur la plus grande droiture dans la gestion de Politique 24, que ce soit sur les retransmissions en direct (pas d’angles morts dans les pièces, pas de montage et uniquement des plans-séquences), la conception de l’émission du soir (pas de sélection des extraits avantageuse pour le pouvoir) ou la gestion du site-internet (où était disponible en libre-accès la totalité des documents que le Président et ses ministres étaient amenés à consulter, des lettres personnelles aux rapports ministériels, des circulaires aux dossiers des RG qu’on disait autrefois « classés défense »). Une chaîne spéciale consacrée au making-of de Politique 24 avait même été créée comme caution supplémentaire à son honnêteté. Le Conseil, renouvelé par tiers tous les mois pour prévenir tout soupçon de collusion avec le pouvoir,  représentait en quelque sorte l’Inquisition de la transparence politique, garante de l’honnêteté du dispositif.

Les citoyens étaient pris de frénésie à l’égard du politique ainsi redynamisé : allumant en permanence l’une des chaînes de Politique 24 (Elysée 24 étant de loin la plus populaire), consultant la retransmission en direct sur le web en arrière-plan pendant leurs horaires de travail ou naviguant sur le réseau social de Politique 24, où ils pouvaient retrouver minute par minute les pensées de leurs gouvernants (à la façon du désormais oublié Twitter), ils semblaient être en proie à une nouvelle addiction à la chose publique. Cette ferveur touchait même, et surtout, les plus jeunes, qui y voyaient une version globale et ultra-réaliste de leurs programmes de tv-réalité préférés. Il n’y avait pourtant guère de matière pour se piquer de voyeurisme : la plupart des ministres, et le Président lui-même, étaient célibataires et sans enfant. Le ministre de l’Intérieur, le seul à s’être lancé dans l’aventure malgré son mariage, commença à émettre ses premières critiques à l’égard du dispositif à la fin de la deuxième semaine : il ne supportait plus la présence incessante des caméras jusque dans ses conversations personnelles avec sa femme, et demanda un assouplissement au Président. Celui-ci, conforté dans son choix par l’un de ces sondages quotidiens qu’il proposait aux citoyens sur le site-web de Politique 24 pour l’aider à gouverner, refusa catégoriquement, arguant que tout relâchement du dispositif mettrait en danger l’idéal de transparence qu’ils avaient tous décidé d’embrasser : comment en effet s’assurer que la femme du ministre ne communiquerait pas sur l’oreiller à son mari des informations secrètes auquel le public n’aurait pas accès ? Le ministre donna sa démission trois semaines après sa prise de fonctions.

Des centaines de journalistes avaient été embauchés pour scruter en permanence les faits et gestes de chacun des membres du gouvernement. Mais, l’autocensure battant son plein, les dérapages étaient très réduits. Les membres du gouvernement apparaissaient généralement tendus, crispés, artificiellement dynamiques et enjoués pendant les périodes de grande audience – reprises dans les résumés de la soirée –, et beaucoup plus sobres et fatigués pendant les creux d’audimat, où ils avaient l’impression de pouvoir se reposer de la pression constante dont ils étaient l’objet. Délestés du voile de mystère et de spéculation qui faisait autrefois leur consistance, les commentaires politiques des journalistes se réduisaient à peau de chagrin, se contentant de résumer les évènements de la journée ou se relayant les déplorations désespérés d’anciens ennemis mortels unissant leur voix sous la bannière de l’Opposition depuis leur éviction des affaires à la faveur de la « révolution de cristal » – c’était ainsi que les partisans du Président qualifiait son élection. Plusieurs organes de presse politique se virent contraints de réduire leurs effectifs, ou même de fermer boutique, à cause de la désaffection des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, attirés comme par un aimant vers la nébuleuse Politique 24.

L’enthousiasme populaire commença à s’essouffler au bout du quatrième mois : passé l’effet de mode initial, une grande partie des nouveaux convertis à la politique se lassèrent de la routine du pouvoir et, même si l’habitude les empêchait d’éteindre Elysée 24, ils ne prêtaient plus qu’une oreille distraite, voire sourde, à ce qu’il s’y disait. Conscient du phénomène, le Président tenta de renouer le contact avec ses télécitoyens en programmant une série d’allocutions solennelles que sa pratique transparente du pouvoir avait fait disparaître du théâtre politico-politique. Tous furent des échecs cuisants : en saturant l’acoustique citoyenne, la parole présidentielle avait perdu toute valeur : pourquoi prêter attention au contenu de ses discours, puisque l’on pouvait l’entendre à longueur de journée en appuyant sur un simple bouton ?

Pourtant, le Président garda le cap le son quadriennat, aidé par l’effondrement complet d’une opposition essentiellement composée des anciens partis de pouvoir. N’ayant pas pris à temps le train de la transparence, ils avaient été complètement évincés d’une vie médiatique maintenant dominée par le média global Politique 24 : personne, ou presque, ne voyait l’intérêt d’écouter les vociférations nostalgiques de ces dinosaures de la politique, puisque tous les débats étaient exposés sans ambiguïté par les journalistes insoupçonnables des chaînes de la transparence. Les rares journalistes à s’intéresser à leur sort et leur avis sur la politique menée par le Président griffonnaient dans d’obscures revues ou sites-web indépendants aux noms autrefois célèbres : Le Canard Enchaîné, Mediapart, Backchich… Autrefois reconnus, ces hommes et ces femmes avaient été écartés des milieux médiatiques sous l’effet de la popularité quasi-monopolistique de Politique 24 et d’une conviction muette mais enracinée dans l’esprit de la plupart des Français : pourquoi payer pour du journalisme d’investigation, alors qu’il suffit de regarder l’émission du soir pour tout savoir de la vie politique et de ses enjeux devenus transparents ?

Sous ce nouveau régime de la transparence, la vie parlementaire avait clairement perdu de sa vigueur : largement majoritaire dans les deux chambres, les députés du parti présidentiel se contentaient d’entériner les projets du gouvernement qui recueillaient l’assentiment populaire, ce dont le Président s’assurait systématiquement par un plébiscite permanent à travers les sondages qu’il effectuait sur le réseau social de Politique 24. Balayant du revers de la main les accusations de populisme – peu relayées par la presse – de ses adversaires politiques et de quelques journalistes, il continua à propulser le navire national à la manière d’un canoë : un grand coup à droite, un grand coup à gauche, et l’équilibre du chemin suivi perpétuellement menacé.

Ce qui marquait néanmoins nombre d’observateurs et de citoyens, c’était l’immobilisme politique rendu visible par les caméras de Politique 24 : un bon nombre des priorités décidées par le Président sur la base de son contact direct avec les citoyens tardaient à trouver un accomplissement, sans qu’aucun membre du gouvernement ne semble y trouver d’explication. C’est quand un ministre fut révoqué après s’être insurgé contre le manque de souplesse du système Politique 24 qu’on y vit un peu plus clair :

« L’essentiel des grandes manœuvres politiques ne peut se faire sans la participation des grands patrons de l’économie, des chefs de lobbies et de tous les autres acteurs cachés de la décision politique, expliqua-t-il à la caméra de Quai d’Orsay 24 qui l’accompagnait depuis plusieurs mois. Dans le domaine qui me concerne, les affaires étrangères, c’est se voiler la face que de croire que l’on puisse faire avancer les dossiers en étant suivi dans toutes ses réunions par le regard de plusieurs millions de citoyens. Croyez-vous que nos homologues étrangers souhaitent voir étaler dans la presse française toutes leurs stratégies diplomatiques ? Pensez-vous que l’on puisse négocier la libération d’otages ou prévenir un conflit militaire avec une caméra systématiquement derrière votre épaule ? Non, c’est impossible. Si mes collègues du gouvernement avaient encore une liberté de parole, ils vous diraient la même chose. Notre gouvernement est complètement isolé des acteurs décisifs du processus politique à cause de ces foutues caméras ! La transparence absolue est vouée à l’échec. »

Conformément à la loi des séries, le Président eut à subir plusieurs mauvaises nouvelles à la suite de ce départ fracassant. Autrefois bienveillante, la communauté internationale commença à émettre des doutes sérieux sur la crédibilité et l’efficacité de la politique menée par le gouvernement de la transparence : plusieurs décisions économiquement désastreuses et moralement contestables avaient été prises sous l’impulsion des sondages citoyens du réseau social de Politique 24 : assistanat, aggravement du déficit public, baisse inconsidérée des impôts, stigmatisation des minorités, politique ultra-sécuritaire, politique économique court-termiste, autant de « mauvaises décisions » critiquées par la presse et l’intelligentsia étrangères…

Au milieu des troubles, le Président était le seul à ne pas vaciller, tenant fermement la barre pour ne pas se laisser entraîner dans les tourbillons qui le guettaient. Au plus profond de lui-même, il était convaincu de la justesse de sa démarche. Il fallait peut-être en passer par des moments difficiles, mais la transparence était la seule issue possible pour la démocratie. C’est pourtant elle qui provoqua sa chute.

Au cinq-cent-soixante-dix-huitième jour de sa présidence, un coup de tonnerre s’abattit sur le pays. « Troubles au pays de la transparence », titrait sur six colonnes Le Démon, l’un des derniers grands quotidiens ayant survécu à l’ouragan médiatique de Politique 24. Le journal ouvrait sa une à l’enquête d’un groupe de journalistes d’investigation méconnus et ostracisés, qui révélait d’énormes failles dans le système Politique 24, notamment au niveau de plusieurs grands ministères régaliens. Les membres du Conseil des Sages censé veiller sur la déontologie du bouquet auraient été très généreusement et très régulièrement corrompus afin d’aider certains ministres à échapper à l’engrenage de la transparence absolue quelques heures par jour : coupures de diffusion dues à de soi-disant problèmes techniques, immobilisation de l’image de la caméra nocturne permettant au ministre en question de sortir de sa chambre en toute discrétion, omissions de taille et biais dans les retransmissions du soir ; et tout cela preuves à l’appui… Le journalisme d’investigation semblait renaître de ses cendres en un seul dossier de huit pages.

Le Président démentit immédiatement son implication dans l’affaire. Il demanda à s’entretenir avec les ministres concernés : un par un, ils comparurent devant un tribunal télévisé composé de millions de Français et dirigé par le Président – une nouvelle première dans la vie démocratique mondiale. Le ministre en charge de l’économie et des finances, premier à comparaître, avoua sans délais. A partir de là, les langues se délièrent. Oui, ils avaient cherché à contourner le système, à se débarrasser de la présence gênante des caméras pendant quelques heures dans la journée. Oui, ils l’avaient fait à l’insu du Président, car ils connaissaient son intransigeance sur la question. Mais, ayant éprouvé les plus grandes difficultés à remplir la mission qu’il leur avait confié, ils étaient convaincu qu’il fallait en passer par là pour faire bouger les choses. Ils arguèrent que la transparence absolue leur avait enlevé toute leur capacité d’action et, pis, leur libre-arbitre. Contrairement à lui, ils ne croyaient pas à la vérité indéfectible de la parole du peuple, et préféraient agir selon leurs convictions et leur expérience que selon les desiderata versatiles des sondages référendaires du réseau de Politique 24. Certains soutinrent qu’ils avaient agi ainsi pour protéger des collaborateurs absolument indispensables mis en danger par la révélation de leur identité, d’autres qu’ils ne supportaient plus d’être dépossédés de la moindre parcelle de leur vie privée.

Mais tout ce que le Président retint, ce fut que son utopie avait une fois de plus cédé aux forces de l’inertie et de la corruption. Même ses plus proches l’avaient trahi. Les semaines qui suivirent, les révélations-choc se succédèrent dans une presse complètement revigorée, comme si l’enquête publiée dans Le démon avait désobstrué le robinet à information obstrué par l’omniprésence de Politique 24. Retrouvant presque leur notoriété d’antan, les médias indépendants firent pour la plupart une autocritique sans complaisance de leur travail depuis le début du mandat : ils s’étaient laissés trompés par la confiance absolue accordée à Politique 24, qui représentait en quelque sorte l’apothéose de leur métier de journaliste ; ils avaient peu à peu abandonné tout sens critique à l’égard des informations qui leur étaient transmises, et s’étaient montré sourds à tous les donneurs d’alerte qui tentaient éperdument de faire entendre leur voix depuis près de deux ans. Ils s’étaient reposés sur leurs lauriers, mais s’en était maintenant terminé.

Pour la première fois depuis le début de son mandat, le Président désira de tout son être le départ des caméras d’Elysée 24. Il avait besoin de solitude pour réfléchir au présent et à l’avenir. Son rêve était-il encore réalisable ? Pouvait-il se battre seul, ou presque, contre un système si puissant ? En persévérant, pouvait-il mettre en marche un mouvement mondial de transparence politique qui rendrait l’exercice de son pouvoir bien plus facile et valorisant ? Il ne demanda pourtant pas de moratoire dans la diffusion de Politique 24. Il ne dit rien, et encaissa, seul devant ces millions d’interrogations.

Le Président se brosse les dents devant son miroir. Il a les traits tirés. Soudain, il lâche sa brosse à dent dans l’évier et lève le regard vers la caméra invisible installée quelque part au milieu du miroir. Des millions de citoyens le fixent à cet instant même. Il les dévisage sans les voir. Soudain, il précipite son poing fermé contre le verre du miroir, qui éclate en milliers de regards perdus. Il frappe à nouveau, et les éclats s’éparpillent au hasard sur le sol de la salle de bain. La caméra est détruite au troisième coup.

Elysée 24 n’émettra plus. Les gouvernants ne sont pas des Léviathans. Le Président a échoué à être l’incarnation pure et infléchissable de l’intérêt général. Il n’est qu’un homme, avec ses limites. Tout le monde l’a vu.

 

Le Pandiculateur

Publié dans Politique

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Rlaroche 24/01/2011 21:45


Bonjour à tous et toutes,

J'ai grandement apprécié votre article. Je crois qu'inévitablement, la démocratie se dirige vers cette utopie. Le cheminement des événements dans votre article montre bien les différents problèmes
qui pourront être encourus, mais je crois personnellement qu'en finalité la transparence gagnera et même en politique internationale.

Si on regarde bien la réalité et l'histoire, on observe que la démocratie évolue toujours avec les moyens de communication. Depuis l'art de la rhétorique à l'acropole d'Athènes, en passant par le
premier journal imprimé - le relation de Strasbourg, puis la diffusion radiophonique du débat des chefs, jusqu'à la télédiffusion de l'assemblée nationale.

Aujourd'hui les communications et les technologies ont changé, la démocratie doit suivre. La démocratie est en retard d'au moins 20 ans non seulement sur l'information mais aussi sur les mécanismes
de participation.

Si seulement la population pouvait exercer son droit de vote pour les affaires publiques comme il est déjà statistiquement exercé pour des émissions de téléréalité, je suis profondément convaincu
que la satisfaction du public serait améliorée et que des décisions impopulaires seraient empêchées.

Si seulement la population pouvait avoir accès aux informations et aux enjeux des affaires publiques qui se cachent actuellement derrière le rideau de la confidentialité, l'opinion public (et
conséquemment le vote) résulterait en une évaluation contingente, transformant ainsi le "capitalisme d'intérêt financier" en "capitalisme d'intérêt humain"
http://fr.wikipedia.org/wiki/Valuation_contingente

J'ai déjà écrit à certains politiciens et journalistes afin de leur parler de cette idée.

Il faut absolument que l'idée se répande. Il faut qu'un candidat se propose. Sans aller directement dans le cas extrême de la téléréalité 24h, simplement de suivre un politicien dans le cadre
normal de ses fonctions, en présence de lobbyistes, lors des dîners d'affaires, au golf, dans les corridors... en somme, en toute circonstance pouvant laisser présager une décision politique. Il
faut que ce flux d'information soit diffusé en temps réel, sans filtre et gratuitement.

Un politicien doit se proposer pour être suivi audio-vidéo partout dans ses fonctions. Puis lancer le défi aux autres. Même le politicien en la plus prestigieuse position ne pourra pas défendre sa
crédibilité et son honnêteté sans laisser le peuple voir toutes ses actions. Ainsi, la vaste majorité des jeux de corruption seront mis au grand jour et une dimension humaine sera imposée aux
décisions politiques. Le capitalisme sera contraint à agir avec éthique et les décisions d'intérêt strictement financier qui autrement seraient prises derrière des portes closes auront maintenant
une dimension d'intérêt humaine. Économiquement, la démocratie devient grâce à la transparence une efficace méthode d'évaluation contingente.


Le Pandiculateur 14/12/2010 17:20


A tous les lecteurs intéressés par le débat sur la transparence de l'exercice du pouvoir, et notamment dans la politique internationale, en lien avec le scandale Wikileaks, je conseille ce très bon
article d'Aurélien Colson sur LeMonde.fr : http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/13/fin-du-secret-diplomatique_1452738_3232.html.


Le Pandiculateur 12/12/2010 00:22


Lorolail,
Merci pour ta (pro)position et ton commentaire.
Il est vrai que j'aurais pu inclure quelques attributs supplémentaires de la tv-réalité, mais je me suis contenté de m'aligner sur la tendance naissante du "tout-voir", plutôt que sur
l'interactivité (malgré les sondages de Politique 24, qui occupent un rôle important dans le système).
Néanmoins, on pourrait tenter d'expliquer cette absence par la jeunesse du dispositif (on ne peut pas tout révolutionner d'un seul coup), mais j'imagine que si l'on devait spéculer sur la suite de
l'histoire, il y aurait de fortes chances qu'après un premier revers et une "Restauration" temporaire de l'ordre non-transparent, la dictature de la transparence referait tôt ou tard surface, comme
la République en 1848... Et que cette fois-ci, tous les coups seraient permis. Que petit à petit, le système chercherait à repousser ses propres limites, comme on le voit avec le développement de
la tv-réalité "classique".


Lorolail 10/12/2010 21:32


Je trouve cet article vraiment brillant. A travers cette illustration tu as réussi à pointer du doigts des caractéristiques de la télé réalité, notamment l'idée d'une inévitable construction. J'ai
particulièrement aimé le fait que cette transparence rendait la politique tout bonnement impossible, notamment au niveau international, car je n'y avais pas immédiatement pensé en lisant le début
de l'article.
Mon seul petit regret c'est de ne pas avoir vu d'avantage les citoyens prendre vraiment part à cette émission, par exemple par le biais d'un vote (pour l'expulsion de certains ministres?), ou de
discussions via internet qui pourraient influencer les décisions du président.
Ceci étant cet article aborde de nombreux points qui méritent réflexion, tant au sujet de la réalité qu'au sujet de cette volonté de transparence, et c'est ce qui le rend vraiment intéressant.
Enfin, je n'ai pu m'empêcher de me dire 'le pire (ou le mieux?) c'est que cette illustration de la tv réalité ne me semble pas du tout irréaliste..'

Merci pour cette jolie performance :)