Pied à terre, ou le funambule

Publié le par Pense-bête(s)

Le 7 avril 1974, Philippe Petit marche sur une corde tendue illé:galement entre les deux tours du World Trade Center« Être funambule, ce n'est pas un métier, c'est une manière de vivre. Une traversée sur un fil est une métaphore de la vie : il y a un début, une fin, une progression, et si l'on fait un pas à côté, on meurt. Le funambule relie les choses vouées à être éloignées, c'est sa dimension mystique. »

Le 7 août 1974, Philippe Petit marche sur une corde tendue illégalement entre les deux tours du World Trade Center.

 

 

Chut ! Laissez place à l’artiste qui n’est promis qu’à la chute.

Petit contretemps dans la mélodie de nos vies si bien rythmées, d’une pirouette arrive Monsieur Petit.

Tour à tour il embrasse les nuages, emporté par l’élan de sa trêve entre les deux tours.

La corde raide, instrument de son arrachement à la gravité, vibre sous le poids ses pensées lointaines – non sans ambigüité, je vous l’accorde.

Cambrioleur surpris en plein vol, l’homme a refusé sa voie d’une espiègle cabriole

Elevé au-dessus des foules, comme le crépuscule new-yorkais, jamais sur la face cachée de l’Astre il ne s’est levé.

Vide de sens est le tourbillon de sa vie, propulsé par les contours du vide.

Co-maître de l’irréparable fugacité de son existence, entre l’aurore et le la fin des temps il jubile en suivant les comètes.

Fils de l’air, le comédien récite les yeux fermés un monologue sans autres didascalies que l’air du fil.

A la verticale de nos vies de plain pied, il a trouvé le moyen de se passer de Dieu et d’Allah.

Vois-les, ici-bas, ces visages tentés par la lumière timide de ce phare voilé !

Si elle parvenait à percer l’hymen innocent de leur aveuglement, monteraient-ils eux aussi vers le ciel?

Là, au rendez-vous du corps et de l’esprit, s’étend le fleuve de nos regrets, et nous voudrions être là-haut.

Tant d’utopies déchirées par l’échec de l’équilibre sur le fil tendu.

Rappel tambourinant de la générosité du brin d’Ariane avec lequel nous descendons nos vies en rappel.

L’erreur est bien humaine ; pourtant l’homme hait les heurts de l’air.

Des cendres se disperseront sur la mémoire de cette révolution, car elle se consumera avant de redescendre.

Point mobile en révolution autour de la vie, pour ne pas cesser de voler le magicien a du jouer des poings.

Terriblement loin du bitume incandescent, il a enfin réussi à toucher la Terre

Toi qui nous toise de si haut, réussiras-tu jamais à trouver un toit ?


Le Pandiculateur


A voir : Le Funambule (Man on wire) de James Marsh

Voir la bande d'annonce

Couronné de l'Oscar du Meilleur Film Documentaire en 2008, ce bijou du réalisateur anglais James Marsh oscille entre la voix documentaire (un scénario bâti sur les interviews des acteurs de l'époque) et l'esthétique cinématographique (à travers des reconstitutions avec comédiens) pour narrer l'incroyable traversée du World Trade Centre réalisée par Philippe Petit avec l'aide de sa fiancée et de ses amis. Un réel délice qui nous fera presque oublier l'insoutenable pesanteur de l'être.

2008 - Disponible en DVD.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle - Colum McCannA lire : Et que le vaste monde poursuivre sa course folle de Colum McCann

Magnifique roman polyphonique dans le New-York bouillonnant des années 1970. L'Irlandais virtuose coupable de ce chef-d'oeuvre y dépeint des trajectoires de vie inachevées et sublimes, entrecroisées et solitaires, aériennes et souterraines,  qui trouvent leur salut symbolique dans l'acte insensé de ce Français qui danse dans les airs, plus de 400 mètres au-dessus de leur malheur.

Récompensé par le National Book Award (le plus prestigieux des prix littéraires américains) et élu meilleur livre de l'année par le magazine Lire.

2009 - 22€ - 448p

Publié dans Fragments littéraires

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