Réveillon(s nous)

Publié le par Pense-bête(s)

Ouvrez le champagne...

Pourquoi le monde s’embrase-t-il systématiquement de la même flambée d’optimisme et de bons sentiments tous les ans, à la même période ? Remarquez un peu : pas une info politique croustillante, pas un drame humanitaire, pas un conflit social depuis plus de deux semaines… La seule chose qui semble importer, c’est la lutte d’une communauté humaine étrangement unie contre les éléments naturels qui l’empêchent de festoyer (oh ! doux réchauffement climatique…) et les modalités de ce festin attendu et langui depuis si longtemps.

Tous les malheurs de 2010 sont consumés dans le grand autodafé purificateur du réveillon, qui nous met sur de nouveaux rails pour 2011 (attention à l’overdose). Comme si quelque chose avait concrètement changé de la veille au lendemain, à part l’état de notre migraine et le prix de l’électricité. Etrange découpage du temps que parvient à nous imposer cet évènement tant attendu. De même qu’ « il n'y a qu'un journal qui puisse venir déposer au même moment dans mille esprits la même pensée »*, il n’y a qu’un réveillon de la Saint-Sylvestre pour faire trinquer tant d’asservis à la santé d’un optimisme mort-né.

Je n’accomplirai pas ma B-A en vous souhaitant une insoutenablement risible « Bonne Année ». Les serveurs de télécommunications mobiles et les murs maculés de nos vies virtuelles en sont déjà bien assez souillés. Je ne peux que souhaiter à ce monde un peu moins d’hypocrisie : cessons de concentrer toutes nos bonnes intentions et nos pensées positives sur ce mirage hivernal dans lequel se reflète si avantageusement notre société de la fête ; parsemons-en au contraire un peu plus cette nouvelle année, qu’il faut bien définir ainsi. Cessons les échanges de bise gratuits et rassurants, et respectons-nous un peu plus le reste de l’année. Arrêtons de dépenser toutes nos économies pour des cadeaux sans justification, et utilisons-le à meilleur escient. Tentons de mettre nos querelles de côté pour lutter contre les vrais ennemis un peu plus souvent, comme nous savons si bien le faire pendant la Quinzaine Sacrée. Enfin, faisons de notre vie une fête, plutôt qu’une longue via dolorosa rendue supportable par la lointaine perspective des Fêtes…

 

Le Pandiculateur

* Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique II

Publié dans Société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article