Un 11 mars sous les cerisiers (Regarde ailleurs !)

Publié le par Pense-bête(s)

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Deuxième édition de "Regarde ailleurs",
notre nouvelle double rubrique en partenariat avec le webzine Regards d'ailleurs.

Deux fois par mois, nos deux équipes vous proposent deux articles totalement différents écrits à partir du même sujet de départ.

Aujourd'hui : 
"Colères terrestres"

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Il est des jours comme il est des émotions, passant de la plus grande clarté aux plus sombres nuances. Il est des jours qui comptent pour l'âme humaine autant que pour l'univers entier.


C'est ainsi que se lève l'aube sur Nerima, quartier résidentiel tranquille de la banlieue de Tokyo. La brume glisse silencieusement dans les rues bétonnés comme pour fuir le soleil. Matin après matin, un rituel immuable à l'image de la vie de Shûya, le teint blafard, ahuri par une nuit écourtée par les jeux-vidéos. Les murs blancs défilent le long de sa démarche lente et lourde, l'adolescent tente de conjurer les symptômes du manque de sommeil par le sucre d'un petit déjeuner fade. L'abrutissement continue devant la présentatrice du journal du matin gratifiant tout le pays de son sourire faux. Après des préparatifs sobres, Shûya attrape dans un geste tragiquement banal son sac, seule la lettre saisi fébrilement depuis le bureau  nous donne un indice sur le drame qui s'apprête à se jouer. La missive calligraphiée fuchsia n'est destinée à nulle autre que Yoko, perle de l'archipel, des yeux à vous faire perdre la raison, seul éclat dans la morosité délétère de la vie de Shûya. Lui si timide d'ordinaire, ne pouvait plus vivre ce quotidien dans l'attente d'un geste de la lycéenne aux nattes candides. Un espoir naquit, aussi à la faveur d'un accès momentané de courage, il a laissé s'étaler maladroitement ses sentiments mièvres avec pour modèle ces héros de manga à qui l'amour finit par sourire inévitablement. La mimétique se devait d'être parfaite : il lui offrirait sa lettre et son cœur sur le chemin, peu avant les grilles du lycée, à l'endroit où leurs regards se croisent pour une seconde, comme pour sceller l'apparente coïncidence. Fébrile il s'élance au dehors, vers la promesse de matins perpétuellement radieux, pas un bruit autre que celui de son pas décidé. Comme tous les matins il se place sous ce grand cerisier, il n'a pas encore fleuri, dommage, et fait mine de lire en l'attendant, ce matin pourtant il ne parviendra pas à se concentrer. Tout est plus calme que d'ordinaire, comme si la nature retenait tous ses bruissements, aboiements, piaillements, dans l'attente surréaliste du dénouement. La voici enfin et le temps reprend son rythme, mais, saccadé comme des pulsations. Il s'approche sans assurance mais plein d'espoir, tandis que dans sa main se tient l'instrument de sa félicité. La jeune fille stoppe sa marche devant ce spectacle absurde, la situation et l'objet de la demande ne sont que trop stéréotypés. Elle ne peut réprimer un éclat de rire bien vite supplanté par un cruel refus de la main, mais le pauvre Joshûa n'aura pas pu savourer bien longtemps la délicieuse cruauté de la scène, la voilà déjà repartie comme si d'autres explications n'avaient pas été dignes d'elle.

 

La lettre sans propriétaire ni destinataire se retrouve happée par la pesanteur, valsant comme une des futures fleurs du cerisier, tandis que le paisible Shûya ressent pour la première fois l'amertume et la rage.  Ce n'était qu'au début un son blanc, une vibration, une variation de l'espace plutôt, comme si son cerveau se brouillait à la mesure de sa vue. Bientôt cependant c'est une brulure vive qui parcourt son cœur et s'étend dans ses veines comme un feu roulant, remontant dans ses pensés en des arcs de douleurs. Une rage frénétique s'empare de tout son être désemparé alors que la terre elle même dans ses profondeurs les plus sombres se convulse de toute part. Un grondement sourd se fait entendre, le râle du jeune homme accompagne un craquement formidable qui traverse l'archipel. regarde-ailleurs---cote-pense-bete-s-.pngLe sol s'agite dans le cri d'agonie de la civilisation, mais Shûya n'entend que ses propres pulsations qui semblent faire écho aux hurlements de la nature. Au milieu de cette cacophonie macabre, des pensées plus torturées encore : mon univers s'écroule ? Que le vôtre sombre avec ! Et une vision : celle des silhouettes paniquées, chancelantes, s'agitant dans le chaos le plus total, autour du garçon hilare, probablement fou.

 

Le Sybarite

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Jehanne des RIVIERES 15/03/2011 21:12


Bel amalgame entre un amour déçu et un tremblement de terre.
Je résumerais cela ainsi :

L'AMOUR... (2)
L'amour est un grand moteur de l'homme.
Encouragé, il déplacera des montagnes.
Déçu, il ne sera que haine et destruction.