Facebook devient Wikilike !

Publié le par Pense-bête(s)

Le tampon Like - stephanegillet.comIl est un réflexe dont l’écrasante majorité d’entre nous n’a plus la moindre conscience. Comme la respiration, le clignement des paupières ou le fait de poser un pied devant l’autre pour se déplacer. Il est à l’affût de chacune de nos aventures en territoire numérique. Il est toujours à portée de clic. C’est le bouton « Like »[1] de Facebook.

Avez-vous remarqué à quel point il a envahi notre quotidien, non seulement sur la fenêtre Facebook ouverte quasiment en permanence sur nos ordinateurs et autres terminaux (comme dans l’espoir de brasser un peu plus de vent grâce à nos incessants courants d’air sociaux), mais aussi sur un nombre croissant de sites-web a priori étrangers au microcosme facebookien ? Adieu le bon vieux « Devenir fan », bonjour les boutons « Like » par milliers, que ce soit pour une publicité, une marque, une personnalité, un concept, un des millions d’articles importés de Wikipédia (comme l’indispensable « Annonciation (homonymie) »), une œuvre artistique, rien, un peu de tout, le statut ou le commentaire d’un ami, une photo, une vidéo, une institution, ou même l’endroit géographique où Facebook Places s’empresse de nous localiser. Ce signifiant quasi-universel peut tout à la fois signifier le rire, l'approbation, le mépris, la pitié, l'ironie, le sourire, le sarcasme ou la compassion. C’est simple, il suffit d’un clic, ça ne ralentit rien, ça ne perturbe pas nos autres activités. Encore plus miraculeux, il n’y a parfois même pas besoin de cliquer, puisque le système vous fait « aimer » automatiquement les pages des éléments de profil que vous renseignez (films, chanteurs ou livres préférés). En un mot, sur Facebook, ça ne mange pas de pain d’aimer : tous les avantages et aucun des inconvénients.

facebook-social-plugin.jpgL’une des nouvelles armes de séduction massive de l’ainé des réseaux sociaux est le désormais très répandu « Facebook social plugin » (voir illustration ci-contre), qui permet au visiteur de tout site-web de « liker » instantanément la page de ce site sans même se connecter à Facebook. Ne manquant jamais de malice, le livre des visages utilise le produit d’appel de vos amis qui ont déjà « aimé » la page pour vous inciter à en faire de même. Dans ce troupeau à la dérive auquel nous appartenons, chacun tente de bêler un peu plus fort que son voisin pour prouver qu’il existe. Chacun « aime » pour qu’on n’oublie pas son (in)e-existence. Il devient quasiment inconcevable de surfer sur Internet sans que notre cercle d’ « amis » ne soit immédiatement mis au courant de ce que nous y faisons grâce à son fil d’actualité Facebook. La reconnaissance sociale suprême prend la forme du nombre de personnes qui « aiment » notre statut.

« Aimer », « amis » : mais quelle merveilleuse utopie que ce royaume des réseaux sociaux où ne semblent régner que les bons sentiments ! L’amour est partout, sur chaque page (faites le test, il est quasiment de trouver une seule page du site où personne n’ait rien « aimé »), dans chaque « amitié » (ce nouveau système qui permet d’appréhender d’un seul coup d’œil la relation entre deux « amis », des photos aux amis communs, en passant par les messages échangés), les cœurs pullulent, les baisers et les entreintes polluent les photos, les « relations » s’affichent, les « je t’aime » ne savent plus où donner de la tête…

En réalité, loin d’être naturellement absents d’un système social ultime qui les aurait rendus obsolètes, les mauvais sentiments sont censurés : il est en effet impossible de se définir autrement que par des goûts positifs (il est impossible de « disliker » ou de « ne pas aimer » un objet Facebook). Nous sommes placés dans une situation binaire : soit on « aime », soit on ignore – impossible d’exprimer davantage de nuance dans nos choix. La traduction même de « like » par « aimer » s’ajoute à la longue série d’assassinats sémantiques que Facebook se complait à perpétrer : doit-on rappeler que le terme signifie originellement « bien aimer », tout du moins lorsqu’il s’agit d’une personne ? Mettant à part les fans obsessionnels et les groupies adolescentes, on imagine ainsi mal un individu lambda déclarer son « amour » à une quelconque personnalité qu’il n’a jamais rencontrée, aussi célèbre soit-elle. Il aurait été bien plus judicieux de traduire le bouton par « ça me plaît », mais bien sûr, « ça vend moins de rêve », comme on dit.

Ainsi, plus qu’un « face book », c’est davantage un WikiLike[2] qui occupe les heures creuses de notre vie sociale. Chacun collabore à la montagne des connaissances inutiles sur ces réseaux prétendument « sociaux » par ses likes compulsifs qui s’apparent à des spasmes orgasmiques qui perdraient un peu de leur intensité à chaque clic. Ce sont des cris de désespoir qui alimentent l’immense base de données de nos « amitiés » évanescentes.

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Une fois n’étant pas coutume, je finirai sur un point plus optimiste, en m’intéressant aux pages du type « Si toi aussi… », « Pour ceux qui… » ou, plus généralement, ces pages qui ne sont pas la simple inscription de réalités extérieures sur le colossal registre de Facebook (une sorte de bottin du XXIème siècle), mais une véritable création qui mérite parfois son succès (mesuré une fois encore en termes de likes), en dépit de fréquentes et impardonnables infractions à l’Orthographe. Ces objets uniques, véritables fragments d’inspiration artistique pour certains d’entre eux, fonctionnent le plus souvent sur le registre de l’humour, mais relèvent aussi parfois d’une certaine esthétique poétique du quotidien : Si toi aussi tu trouves qu'il manque un jour entre le samedi et le dimanche, Si toi aussi tu rigoles tout(e) seul(e) en repensant à un truc, Pour ceux qui aiment marcher dans la neige là où personne n'a encore marché ou encore Pour tous ceux qui on[t] dit "demain je m'y met[s] !" en sont quelques exemples, parmi tant d’autres.

Bien sûr, au sein de cette multitude informe d’immondices syntaxiques et de futilités adolescentes, les pages qui relèvent de ce que j’ai décrit sont rares. Mais elles réalisent en un sens, de façon certes fragmentée et embryonnaire, le travail artistique de retranscrire avec précision des petits moments de réalité qui nous sont si familiers qu’on n’en a plus conscience. A l’instar de l’humoriste (je pense par exemple à Gad Elmaleh, qui pourrait alimenter quatre siècles de one-man-shows avec les pages Facebook) ou de l’écrivain, les auteurs (souvent anonymes) de ces météores littéraires parviennent à toucher des cordes sensibles au plus profond de nous-même, en faisant écho à un vécu qu’on croyait strictement personnel, mais qui est en réalité partagé par des légions de « likeurs ». Là où l’auteur strictement « littéraire » parvient à créer un lien d’intimité avec son lecteur en partageant cette expérience, la page Facebook rassemble ces milliers d’inconnus dans une communauté artificielle qui ne va pas plus loin que le simple clic dans l’exploration de ces réalités. Ces auteurs anonymes s’arrêtent en réalité aux portes de l’art : ils ne se donnent pas la peine d’ordonner, de lier, de mettre en cohérence, de sublimer des instants de vie afin de leur donner une réelle dimension artistique, qui bien souvent restent sans grand intérêt. Mais eux, ils ne sont pas confrontés à la nécessité de vendre des livres pour survivre.

 

Le Pandiculateur


[1] Traduit par « J’aime » dans notre belle langue. J’utiliserai indistinctement les termes anglais et français dans le développement de mon propos, y compris l’affreux barbarisme qu’est le verbe « liker » (cliquer sur le bouton « Like »).

[2] Référence au wiki, système collaboratif d’élaboration de contenus web (comme Wikipédia ou, dans une moindre mesure, Wikileaks)

Publié dans Homo numericus

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nadia-vraie 03/01/2011 23:13


Je trouve ton article bien intéressant car moi aussi,facebook,j,en fais partie pour pour écrire des messages à une amie.Ça part ça je pense comme toi.Je préfère mon blog,c,est beaucoup mieux car il
y a connaissance,partage,amitié ect facebook,on ne connaît personne et amis sur facebook est un mot qui ne le décrit pas du tout.
À bientôt et merci de publier dans ma communauté.